Ted Kaczynski et le TSL
22/10/2019
Je suis certain que beaucoup d’entre vous se demandent ce que l’un des terroristes américains peut bien avoir en commun avec notre marché européen du TSL. Laissez-moi vous l’expliquer.
Theodore John Kaczynski, connu sous le nom de Ted Kaczynski ou d’Unabomber, a terrorisé les États-Unis pendant plus de 18 ans en envoyant des colis piégés qu’il fabriquait lui-même. Il agissait ainsi pour attirer l’attention sur son manifeste consacré à la société technologique. Il y affirmait que « la révolution industrielle a détruit les relations humaines et que la civilisation nous a fait perdre notre humanité pour devenir esclaves de la technologie ».
Les méthodes de Kaczynski sont bien évidemment condamnables, mais son manifeste visionnaire m’a amené à réfléchir au marché TSL actuel et à la direction qu’il prend.
Depuis un certain temps déjà, nous observons une forte tendance à l’introduction de solutions technologiques dans le travail quotidien des affréteurs, des exploitants, des donneurs d’ordre et des conducteurs. Les fournisseurs de logiciels de gestion du transport, de calcul du temps de travail des conducteurs ou de bourses de fret rivalisent de solutions qui réduisent les opérations humaines et reposent sur l’automatisation des processus.
Très bientôt, après avoir conclu une vente auprès de leur client, les donneurs d’ordre saisiront les instructions correspondantes dans leur système. Ce système, couplé à une bourse de fret, enverra des appels d’offres de transport à un groupe de transporteurs répondant aux exigences et disposant de véhicules disponibles au moment et à l’endroit correspondant à l’expédition. En fonction des conditions, du temps de conduite disponible du conducteur relevé via le GPS, de sa position, du coût de traitement de la commande estimé sur la base de l’itinéraire, des péages, de la consommation de carburant et du prix actuel du carburant, le TMS du transporteur suggérera à l’affréteur d’accepter la commande comme étant la plus optimale. Une fois la commande confirmée par EDI (Electronic Data Interchange), elle sera transférée au TMS et envoyée au conducteur. Le conducteur prendra connaissance de la nouvelle commande et commencera à l’exécuter selon l’itinéraire planifié. Le donneur d’ordre pourra suivre en temps réel la position du véhicule qui réalise sa commande. Après le déchargement, le conducteur scannera les documents de transport, qui seront transmis au donneur d’ordre avec la facture en quelques secondes. À la fin du mois, nous recevrons un rapport complet de notre efficacité, de nos recettes, de nos coûts, de l’enregistrement du temps de travail du conducteur et de tout ce que nous pouvons imaginer.
Grâce à une telle technologie, un seul affréteur peut effectivement traiter davantage de dossiers que dans des conditions classiques. Il dispose de beaucoup plus d’informations nécessaires à la prise de décision et réduit le temps consacré à la saisie des commandes dans les systèmes, sur les bourses de fret ou à l’envoi de SMS d’instructions aux conducteurs. Je pense qu’un tel affréteur est capable de superviser plusieurs véhicules de plus, ce qui répond au problème du manque de personnel parmi les affréteurs.
Nous organiserons tout
transport en 45 minutes
ou moins
Notre employé préparera rapidement une proposition spécifique, et après son acceptation, il s’assurera personnellement que rien n’empêche la livraison à l’heure convenue.
Les commandes soudaines ne nous surprennent pas car nous sommes bien préparés.
Mais est-ce que cela fonctionnera vraiment aussi parfaitement en pratique ? N’allons-nous pas perdre, à un moment donné, le facteur humain dans tout ce processus d’automatisation ? Quiconque a déjà travaillé dans le secteur du transport sait que ce sont parfois les relations humaines que nous construisons qui sont les plus efficaces. Dans mon travail, des conflits avec des partenaires ont été résolus par une simple conversation, en écoutant les arguments de l’autre partie, en comprenant sa situation et en trouvant une solution commune. Il en va de même avec les conducteurs. Ils sont constamment sollicités et courent après le temps pour exécuter leurs commandes. La transmission automatisée des informations sur les prochains chargements et déchargements va-t-elle nous conduire à cesser de considérer les conducteurs comme des membres de notre équipe pour les traiter comme de simples points sur une carte GPS ?! Les affréteurs, dans leur course à la performance maximale, oublieront-ils d’appeler le conducteur et de lui demander, tout simplement d’humain à humain : « Salut Chris, ça va sur la route ? ». Pour les livraisons difficiles, mieux vaut appeler, expliquer la situation, demander son avis au conducteur, l’associer à la planification, plutôt que de lui envoyer un itinéraire « couloir ».
L’ère des véhicules autonomes n’est pas encore arrivée et nous devrions garder à l’esprit le H2H – la communication Human-to-Human.
Je ne suis nullement opposé aux nouvelles technologies. Personnellement, je n’imagine pas que le bureau de mon ordinateur ne synchronise pas ses données avec mon téléphone, ni de me passer de toutes mes applications. J’essaie simplement de souligner que nos entreprises devraient consacrer autant de temps à construire des relations humaines qu’à mettre en œuvre de nouvelles technologies. À l’ère de la folie technologique, il nous arrive souvent d’oublier que les hommes sont le plus grand atout de notre activité. S’ils sont suffisamment motivés, ils peuvent déplacer des montagnes, sans attendre la prochaine mise à jour logicielle.
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